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La Planète du Consensus

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Nova

29-06-2010

Il était une fois une planète, où l’instinct de survie ayant prédominé pendant des milliers d’années, la loi du sauve qui peut s’était imposée dans la plupart des relations interpersonnelles, spécialement entre ceux qui dirigeaient les peuples.

Alors que les liens de sang maintenaient la cohésion des communautés et la planète restant suffisamment grande pour le peu de gens qui cohabitaient, l’entente était la norme et les disputes rares. Pourtant, la population augmentant et s’établissant sur des territoires-nécessitant la production de nourriture pour vivre de manière continue- la guerre de tous contre tous commença à être la norme, et la paix une exception.

Afin de combattre l’incertitude, chacun commença à tout accumuler. Avec une réserve, on pouvait toujours mieux affronter n’importe quel imprévu ! Qui pouvait accumulait des aliments, mais surtout, les moyens pour les produire : terre, eau, animaux, graines,… Cependant, l’accumulation dans les mains de certains signifiait la précarité et l’insécurité pour la majorité.

Une fois que les communautés se démantelèrent -ou furent mises à l’écart comme primitives- ces relations d’accumulation dans les mains des plus forts et de précarité dans les mains de la majorité demeuraient entre les habitants de chaque pays comme entre pays eux-mêmes. L’inégalité entra donc dans le nouveau fondement de la cohabitation des habitants et des pays de cette planète.

Afin de maintenir l’inégalité, il manquait de convaincre les gens que l’inégalité était propre aux lois naturelles et divines, et qu’accepter le destin- d’être riche ou pauvre, sage ou ignorant, louable ou méprisable- était la meilleure manière de vivre en paix dans cette vie et surtout de gagner la vie éternelle du paradis après la mort.

Même quand quelqu’un ne voulait pas être convaincu par cette certitude, il fallait qu’il soit vaincu. Suivant cette base, les gens et les pays s’accoutumèrent à développer l’art d’avoir la raison légitime ou illégitime, de se servir de tromperies et de confrontations, verbales et physiques pour « imposer la raison par la force » et oubliaient ce qui allait de soit, à savoir de « faire valoir la force de la raison. »

Ainsi, le temps passa, des individus dominaient dans chaque pays et des pays hégémoniques accumulaient plus de richesses que d’autres, grâce à leur savoir faire d’imposer leur vision du monde, leurs stratagèmes afin de prouver qu’ils avaient raison, leurs lois et surtout leurs forces armées pour maintenir l’ordre et la paix, contre les dissidents et terroristes, en appliquant la violence la plus extrême contre tous ceux qui menacent leur sécurité.

Le nom de « La planète de la Discorde » lui fut donné. Les gens se regroupaient en partis et leurs arguments n’étaient souvent pas d’arriver à la meilleure solution face aux problèmes communs auxquels ils étaient confrontés, sinon d’arriver à maintenir les privilèges ou, aussi, simplement d’affaiblir le parti ou le pays inverse.

Maintenus dans cette situation de conflits et de guerres afin de conserver les privilèges d’une part, ou pour en finir avec, d’autre part, la planète commença à être invivable, non seulement pour la grande majorité qui était soumise à la faim, la pauvreté et la violence structurelle mais aussi pour toute la population, résultat de ce qu’ils appelèrent « progrès et développement » qui se caractérisait en une croissance illimitée. Une croissance exponentielle qui s’était produite en quelques siècles, impulsée par les intérêts financiers et grâce à l’extrait de l’énergie fossile qui, une fois libérée, provoquait des changements climatiques altérant les conditions de la vie planétaire.

La situation commença à être inacceptable et une crise globale du système de vie éclata, une crise de civilisation hégémonique, comme tant de fois par le passé. Pourtant, il y avait une différence : cette fois personne n’échappa à la menace, ni riches, ni pauvres, ni dominateurs, ni dominés.

Ce sentiment de vivre un moment critique dans l’histoire de la planète entraina une réaction inespérée, une métamorphose imprévue, qui changea, en peu d’années, le dramatique destin que les individus s’étaient forgés.

L’idée était très simple et sa mise en place relativement possible. Mais il fallait l’expérimenter. Dans le dernier siècle, s’étaient créés quelques organismes qui réunissaient tous les états de la planète pour éviter et gérer les guerres. Le fait est que les états les plus puissants, ceux qui fabriquaient le plus d’armements, qui avaient plus d’armées et qui intervenaient le plus dans les guerres étaient, paradoxalement, les chargés d’instaurer la paix dans le monde.

La rhétorique hégémonique était la « démocratie ». A chaque personne correspondait un vote, chaque pays, un vote. Comme il y avait des pays de quelques milliers d’habitants et d’autres de millions d’habitants, le vote de chacun n’était pas considéré avec le même poids. Et ceci donnait des arguments pour dire que ceux qui avaient à prendre les décisions devaient être les plus puissants, que, du haut de leurs privilèges, ils étaient toujours les plus forts.

Il était impossible de faire participer tout le monde_ plus de 6000 millions d’individus_ dans la construction d’un nouveau modèle de relation qui dépasserait le modèle régnant de la discorde. Mais, oui, il était possible de donner une preuve, une démonstration proportionnelle à la population de chaque région du monde, proportionnelle au nombre d’hommes et de femmes, proportionnelle aux connaissances sur différents thèmes clés globaux, proportionnelle aux différents secteurs qui exprimaient la nécessité d’une nouvelle vision et de nouvelles stratégies afin de créer un monde vivable pour chacun.

Quelques années auparavant, cette expérience aurait été matériellement impossible, de par le coût de la création d’un espace permanent de dialogue multilingue, interculturel, un espace permettant d’élaborer des alternatives à une globalisation destructrice de la vie. Mais sur cette planète, fruit de l’obsession pour la sécurité totale des puissants, il fut inventé un système qui permettait de communiquer et de débattre à distance, sans les frais logistiques d’avoir à se déplacer et se réunir pendant longtemps.

Et ainsi, avec l’impulsion d’une vingtaine de personnes, sur toute la planète, celles qui furent, pendant des années, quelques-unes des critiques les plus connus de la non pérennité du modèle hégémonique, fut initié l’identification et l’invitation de 300 personnes afin d’élaborer, de forme consensuelle, un nouveau Consensus Alternatif à l’hégémonie, qui cherche, comme priorité, un monde plus vivable pour tous.

Il s’agissait de faire face à l’incertitude, d’une nouvelle manière, plus intelligente et effective. Tout au long des siècles, l’accumulation du pouvoir, de la force et de la richesse dans les mains de peu d’individus, leur avait donnée la sensation d’une sécurité plus grande mais, de fait, tôt ou tard, l’inégalité aurait provoqué la réaction des déshérités qui voulaient en finir avec les privilégiés et qui auraient constitués une nouvelle hégémonie, qui, avec le temps, aurait été renversée par une nouvelle classe ou par un nouveau pays dominant.

Ce jeu mettait en péril la survie de tous les individus. Il fallait essayer des règles du jeu qui couvriraient la nécessité de survie de chacun et ceci au-delà des cycles oppresseur-opprimé. Il fallait passer de la dynamique de la discorde à la dynamique du consensus, de la dynamique de l’imposition à la dynamique de la concertation, de la dynamique de la compétition à la dynamique de la coopération, de la dynamique des majorités à la dynamique de la discussion.

Il s’agissait d’essayer, à une échelle globale et culturelle, la capacité de visualiser, à partir du dialogue et de la délibération, sur quels thèmes était possible des consensus unanimes, et sur quels thèmes il fallait continuer le dialogue afin de tenter d’amplifier le niveau de consensus. L’objectif n’était pas de vaincre- ni par la force des armes, ni par la force des votes- sinon que l’objectif était d’inciter l’intelligence et la créativité de chaque individu pour confronter la meilleure solution à chaque thème posé, au-delà des intérêts à court termes, au delà de la lutte pour les privilèges.

Il fallait étudier la possibilité de construire une nouvelle hégémonie interculturelle, au-delà de celle de la civilisation dominante, une nouvelle relation d’égalité de genre, au-delà de l’imposition masculine, comme ce fut le cas depuis plusieurs millénaires, une nouvelle intégration de la connaissance, au-delà de la segmentation disciplinaire , une nouvelle coopération entre secteurs, au-delà de la segmentation entre mouvements et organisations sociales, intellectuelles, professionnelles, scientifiques,…

Le défi était énorme, mais la conscience de la crise globale aida à ce que le processus prenne corps. Vingt, quatre-vingts, cent-cinquante, deux-cents-vingt, trois-cents. En un an, le bouche à oreille, avait fait identifier 300 personnes, d’une grande diversité, mais avec la même motivation, celle de vouloir contribuer à rendre possible un nouveau monde vivable pour tous.

La tâche n’aurait pu se faire en une rencontre de 3 jours… mais non plus durer plusieurs années. Tous les deux mois, les participants envoyaient leurs propositions sur un des thèmes clés globaux. Une fois classées et traduites par une équipe dynamique, les participants pouvaient donner le degré d’accord sur les propositions et pouvaient exprimer leurs commentaires et opinions.

Ainsi au bout de deux ans, furent approuvées en majorité les propositions sur le monde qu’ils voulaient (objectifs et valeurs) et le monde qu’ils avaient (ressources et population) sur comment décider (politique et sécurité) sur comment ils voulaient administrer le monde (économie et finances) et sur comment communiquer (communication et culture).

Ils finirent par valider à distance une déclaration qui incluait les propositions avec le consensus le plus important et les propositions qui nécessitaient plus de dialogue et de délibération. Et ceux qui s’impliquèrent le plus dans le processus se rencontrèrent afin de parfaire la déclaration et pour enfin la présenter au monde.

De fait, cet acte fut appelé le Consensus 1.0, une première version qui, au fil des années, fut améliorée avec l’apport de plus en plus de gens, d’une communauté croissante de dialogue et de délibération formée toujours par des personnes motivées à dépasser la culture de la discorde par la culture du consensus, par des individus conscients de l’importance de maintenir les équilibres de genre, de région, de connaissances et de secteurs… pour éviter les hégémonies des hommes, de leurs pays plus puissants, de l’information privilégiée ou de secteurs politiques et économiques dominants.

Passèrent quelques décades avant que la Planète de la Discorde fut appelée la Planète du Consensus. Mais chacun reconnut que cette initiative fut déterminante dans l’élaboration du changement qui apporta l’objectif prioritaire de réduire l’incertitude, qui ne fut plus par l’accumulation de pouvoir et de richesse, sinon par la couverture durable des nécessités basiques de toute la population mondiale.

 

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